Les manipulateurs, même dangereux, on peut s'en protéger

Dernière mise à jour : 14 sept.

Les manipulateurs, même dangereux, ne sont pas tous des pervers narcissiques. On peut s’en protéger.


1-Différencier les pervers narcissiques des autres types de manipulateurs

La dangerosité des manipulateurs n’est plus à démontrer. Des films comme ‘Mon roi’ de Maïwenn ont permis à un large public de découvrir les principales facettes du pervers narcissique, tour à tour séducteur et tyran, un rôle merveilleusement interprété par Vincent Cassel et qui a permis de briser le silence dans lequel s’étaient enfermées nombres de victimes incomprises.

Tous les spotlights se sont soudain tournés sur les pervers narcissiques (une catégorie de manipulateurs à part) donnant naissance à une littérature foisonnante sur le sujet et laissant comme une vague impression que la seule catégorie de manipulateurs dangereux serait celle du pervers narcissique. S’il est vrai que ce type de manipulateurs est de loin le plus dangereux, il ne représente pourtant que 3 pourcent de la population ; alors comment cela se fait-il que tant de gens s’intéressent à ce sujet ? Peut-être parce qu’ils ont l’impression de reconnaître leur bourreau dans certains des comportements qui caractérisent les pervers narcissiques.


Le danger dans cette surmédiatisation du phénomène est que ce mot est devenu un concept fourre- tout dans lequel on fera rentrer tous les comportements de type pervers ce qui pourrait paralyser les victimes de ces bourreaux en les entretenant dans l’illusion délétère qu’elles ne peuvent rien faire face au monstre qui les fait souffrir. Aussi il me semble utile de clarifier la frontière entre le pervers narcissique et les autres bourreaux tout aussi nuisibles mais dont on peut apprendre à se protéger.


Ce qui caractérise le pervers narcissique c’est qu’il souffre d’un vide identitaire irréversible qui l’amène à vampiriser ses victimes et à vouloir consciemment les anéantir car c’est cette destruction qui lui donne ce sentiment de puissance qui est sa ‘came.’


Ce vide identitaire explique qu’ils sont dépourvus de toute empathie sincère la seule empathie qu’ils possèdent est une empathie dite cognitive.


L’empathie cognitive est la capacité à comprendre les attentes d’autrui par l’observation pure, une aptitude qui leur permet de répondre méticuleusement à toutes les attentes de leur proie au début d’une relation (période communément appelée lune de miel en psychologie) et qui en font de redoutables séducteurs. Ils sont cependant dépourvus de toute empathie émotionnelle et sont donc incapables de comprendre ce que ressent l’autre.




C’est cette absence d’empathie émotionnelle qui explique que chez eux tout est calcul glacial. Le pervers narcissique souffre d’une pathologie jugée incurable par la plupart des psychiatres et en font de ce fait des êtres extrêmement dangereux dont il faut s’éloigner coûte que coûte et rompre définitivement tout contact avec eux car rien ne peut les atteindre.


2-Les manipulateurs toxiques : dangereux car ils jouent du pipeau


Les autres manipulateurs toxiques (et donc pervers) exploitent le registre des émotions, leurs agissements peuvent avoir des conséquences lourdes pour les victimes mais on peut apprendre à s’en protéger, contrairement aux pervers narcissiques contre lesquels les seules armes restent la fuite et le silence.

Leurs comportement ressemblent à s’y méprendre à ceux du pervers narcissique mais à la différence que ce sont des lâches dont la maturité émotionnelle est restée bloquée à l’âge de 7 à 8 ans. Ce ne sont ni plus ni moins de sales mioches qui terrorisent ceux qui pour eux sont des proies faciles.


3-Qui sont leurs victimes ?

Ce sont souvent des personnes qui sont gentilles, très empathiques, intelligentes mais souffrant d’une mauvaise estime de soi dans lequel le manipulateur s’engouffre pour les faire rentrer dans un jeu dramatique appelé triangle de Karpman, du nom du médecin qui a mis en lumière ce phénomène.

C’est Éric Berne qui fut le premier à parler de jeu dramatique. La notion de jeu n’a évidemment rien de ludique, elle réside dans le fait que chacun dans la relation va s’investir d’un rôle, de façon inconsciente. Le Dr Karpman en a dénombré 3 : le sauveur, le bourreau et la victime.


4-Le triangle infernal


Le manipulateur peut tour à tour jouer inconsciemment au sauveur en venant par exemple à la rescousse d’une jeune fille au passé douloureux qui apparait fragilisée par des maltraitances et qui le séduit par le rôle qu’elle lui permettra de jouer : celui du prince charmant. Il sera sincère dans les efforts qu’il fait pour être à ce moment-là son prince.

Notre séducteur n’est pas conscient que ce qui le séduit n’est pas tant la personne en elle-même que le rôle qu’elle lui permet de jouer : celui de ‘dopeur d’égo’. Une fois que notre sauveur a réussi à remettre son petit oiseau blessé (autrefois victime) en état de voler, il prend peur !

Son faire valoir pourrait lui échapper ! Elle pourrait ne plus le juger indispensable (comme l’enfant a peur que sa mère l’abandonne) et c’est là que le jeu dramatique commence. Il change soudain de rôle : de charmant, il devient critique, fait de l’humour à vos frais histoire de vous persuader qu’il est bien supérieur à vous et que vous avez de la chance qu’il prête encore attention à vous.


Parfois vous vous rebiffez et vous lui renvoyez la balle comme dans un jeu de Jokari revêtant soudain le rôle de bourreau. S’il voit qu’il est allé trop loin et qu’il risque de vous perdre, il se radoucit et peut aller jusqu’à vous implorer.


Si à ce moment- là vous restez dans la relation, vous devenez alors bourreau et lui victime. Puis, une fois que vous vous serez ‘rendormie’ vous redeviendrez sa victime et lui votre bourreau ; il cherchera son rôle de sauveur auprès de personnes extérieures voire dans son métier.


Vous voyez la ressemblance avec le pervers narcissique ? À la différence que le pervers narcissique calcule ce rôle froidement alors qu’un manipulateur de ce type n’est finalement qu’un sale mioche qui cherche à se rassurer en adoptant tout un tas de stratégies dont certaines seront conscientes et d’autres pas.


5- La projection mentale : une stratégie de choix

Une des stratégies favorites du manipulateur est la projection mentale qui consiste à accuser l’autre des ‘crasses’ qu’il vous a faites, ou des défauts dont il est affublé et qui comme l’enfant pris la main dans le sac par ses parents dit : « C’est pas moi c’est lui en pointant sa sœur sans vergogne. »

Cette stratégie est totalement inconsciente et s’avère être un mécanisme de défense que le manipulateur adopte pour ne pas se prendre la vérité en pleine figure, une vérité qui mettrait tellement son égo à mal qu’il ne le supporterait pas.


Cette information vous permet déjà de changer votre regard sur lui. Il n’est plus aussi impressionnant qu’il y paraît et sa supériorité n’est qu’une supériorité de pacotille. Il est loin d’être invulnérable et vous pouvez le recadrer, comme on recadre un môme. Fermeté et limites clairement établies par vous sont les maitres mots.

J’entends déjà ceux et celles qui me liront se dire : « Cest facile de dire cela, j’aimerais bien l’y voir ». Aussi simpliste que cela puisse paraître croyez-moi fermeté et limites sont vos alliées. A ces alliées vous pouvez rajouter des techniques de contre manipulation, que j’aborderai dans un autre article, et qui demande de connaitre leurs principaux points faibles.


La difficulté pour vous résidera essentiellement dans le maintien constant de cette fermeté car comme avec l’enfant dès que ce dernier est mignon on baisse notre garde et c’est ce qu’il ne faut surtout pas faire avec un manipulateur. Si vous cédez sur un point, il vous en demandera toujours plus et ce ne sera jamais assez à ses yeux, comme l’enfant gâté. Et vous vous épuiserez en vain.

Le manipulateur ne supporte pas qu’on lui résiste et il utilisera menaces et coups de gueules pour vous faire peur. Il faut lui donner l’impression que vous n’avez pas peur car cela créera chez lui ou elle un effet de surprise qui portera ses fruits.

Enfin je conclurai en vous invitant à vous poser une question fondamentale. Chaque fois que vous laissez votre conjoint ou ex- conjoint devenir votre bourreau : Qu’est-ce que cela dit de vous ? Laissez raisonner en vous les réponses qui affleurent à votre conscience sans jugement. Accueillez-les, elles vous apporteront des pistes de travail.






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